|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Rudolf Kunzi
ou l'histoire d'une passion |
|
 |
|
|
|
|
Telle une ruche, sa vie a été agitée. Rudolf est né le 15 juin 1919 à Wallendorf, dans le canton de Berne, sur la colline de Frienisberg, dans une famille dont le papa était régent. |
|
|
|
|
|
|
Eric Broye
|
|
|
|
|
|
Chez les Kunzi, Rudolf avait un frère et deux soeurs. Son père aurait aimé qu'il fasse des études, mais il préférait la nature, et plus particulièrement l'apiculture et les animaux.
« Chaque matin, j'allais chez mon voisin paysan donner un coup de main pour avoir des roestis à déjeuner, car ma maman n'en faisait pas », nous raconte Rudi. |
|
|
|
|
 |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
Il fit un stage d'une année près du lac de Constance, puis l'école d'agriculture près de Zollikofen, durant deux ans. A l'époque, un employé agricole gagnait 200 francs par mois et la pension à l'école en coûtait 300. Sans ses parents, Rudolf n'aurait pas pu tourner.
En 1940, il fit son école de recrue dans la section mitrailleurs, conducteur de chevaux, puis directement engagé par la Mob. Durant 720 jours en quatre ans, pour une solde de 2 francs par jour (prix d'un litre de vin d'alors), il défendit nos frontières, notamment à Büssenach.
C'est en 1941, lorsque son papa décédait et qu'il possédait un rucher que notre ami s'initia aux abeilles. |
|
|
|
Durant les années qui suivirent, diplôme en mains, il travailla dans différentes fermes dans toute la Suisse : chez M. Gnaegi, près de Lucerne, frère du Conseiller fédéral ; à Tenero au Tessin, dans une ferme d'état, un établissement sanitaire militaire.
« On y élevait du bétail, on y produisait des légumes, du maïs », nous dit Rüdi.
« Puis en 1946, un copain de service m'a fait engager comme surveillant à Bavois (VD), dans la plaine de l'Orbe, dans une société d'agriculture dans les marais. Les chômeurs étaient engagés pour le drainage et la culture des légumes. Nous employions 50 chômeurs et, par la suite, ce furent des Italiens qui les remplacèrent. Il fallait leur parler l'italien. Il y avait des Tyroliens, des Siciliens et avec leur dialecte, ce n'était pas toujours facile de les comprendre », nous explique Rudolf.
En 1948, le 3 septembre, ce fut le mariage avec Alice ; son beau-père, comme cadeau de noce, lui offrit un rucher, idée originale. Il fut encore employé agricole à Essertines sur Rolle, chez M. Pillet-Golat, autre Conseiller fédéral, durant 2 ans. En 1953, un copain de service l'a engagé comme métayer sur un domaine vaudois.
« C'était un domaine inexploité depuis des années et il me fallut tout défricher. Je n'avais pas de machine. Il fallait aider les voisins pour qu'ils me prêtent leurs chevaux. Je travaillais 15 poses, env. 5 hectares, et je gardais cent poules, des cochons et 6 vaches. Après 3 ans avec une misérable paye, je décidais d'acheter un domaine à Nuvilly dans la Broye fribourgeoise », se souvient l'ami Rüdi. La maison était bien délabrée et il n'y avait qu'un hectare de terrain, c'est pourquoi il fit un cours d'arboriculture. Il travailla alors au traitement des vergers, puis des tabacs ; d'abord pour l'Etat de Vaud et de Fribourg, puis à son compte. Avec sa famille, qui s'était agrandie de 2 filles, il fallait ramener de l'argent, et c'est ainsi qu'il s'engagea comme manoeuvre.
« De 4 à 6 heures, je faisais les traitements des vergers, je trayais ma vache, puis, à la pelle, à la pioche, toute la journée pour Fr. 1.20 de l'heure. A Nuvilly, on a fait 6 hangars à tabac. En 1962, j'arrêtais manoeuvre pour ne plus faire que les traitements. En 1969, j'ai agrandi la ferme et construit un hangar à tabac. J'en plantais une pose et produisais de la betterave à sucre ; ces deux cultures payaient bien. A 65 ans, ce fut la retraite », note encore ce brave homme. |
|
|
|
|
|
|
 |
|
|
Pour en venir à l'apiculture, ses débuts, il les fit avec son papa, à
17-18 ans, puis à Bavois et enfin à Nuvilly, où il a acheté un rucher de 14 ruches, puis agrandi à 22 ruches. |
|
|
|
|
En 1968, il gagna un diplôme et passa dans divers journaux, ce qui le fit connaître loin à la ronde pour la qualité de son travail et le bon goût de son miel. Encore aujourd'hui, il a des clients jusqu'à Genève, Zurich...
Pour extraire le miel d'une ruche (20 cadres), il faut les brosser, désoperculer, extraire, ce qui demande 3 heures. Imaginez les heures pour 22 ruches. Une bonne année, il y a 30 jours de production à raison d'une ruche par jour. Quant au miel, le printemps, les abeilles vont butiner les fleurs des prés, le colza donne du miel de couleur crème à jaunâtre, le cerisier, presque rouge. A ce sujet, Rüdi possède une collection de pots de miel depuis 20 ans. On y voit toutes les couleurs, tous les goûts, selon l'année de production. Actuellement notre apiculteur garde encore 10 ruches. Le miel brun, sève du sapin, est considéré comme le véritable nectar. Pour faire un kilo de miel, il faut 3 kilos de nectar.
Mais comment est fabriqué le miel ?
Les abeilles qui butinent amènent le pollen à la ruche, c'est leur pain. Et avec de l'eau et une glande, elle le déglutissent en un mélange qui donnera le miel. Les cireuses fabriquent les cellules et les opercules pour que la reine y dépose ses oeufs et les butineuses ramènent le pollen pour fabriquer le miel qui garnira la ruche. L'apiculteur, en fait, change les cadres pour faire plus travailler les abeilles qui ne se rendent compte de rien. Mais les abeilles sont contentes, car lorsqu'elles ne peuvent pas sortir, elles sont plus agressives.
Dans les couvins, nurseries des abeilles, une reine peut déposer jusqu'à 1500 oeufs par jour. Ce qui fait qu'en 4-5 semaines, la ruche est totalement renouvellée. Lorsque la reine va mourir, elle prépare la gelée royale dans une cellule pour être remplacée. Selon le temps, si les abeilles ne peuvent pas sortir, elles nourrissent de jeunes reines et dès qu'un rayon luit, les reines survivantes s'en vont avec leur essaim. Rarement, mais cela arrive, il se peut qu'une ruche soit totalement désertée, car chaque reine part avec sa troupe. En général, la reine la plus forte tue les autres. Elle émet un cri « tu, tu, tui », auquel les jeunes reines répondent par « coua, coua, couas », qui permettent à la reine de se diriger et de les localiser pour les tuer. Ainsi, la ruche est toujours régulée.
L'humidité du miel est de 16,5 à 18%, plus le miel fermente. Depuis 60 ans qu'il pratique l'apiculture, Rudolf en a à nous apprendre, par exemple quelques métiers d'abeilles :
-Les jeunes doivent d'abord nettoyer leur cellule.
-Les nourrices préparent la nourriture des larves. La formule change selon le développement des larves, des nymphes.
-Les nourrices des reines fabriquent une formule plus riche pour une meilleure constitution.
-La milice est chargée de surveiller l'entrée de la ruche et d'en empêcher l'entrée aux ennemis (abeilles d'une autre ruche).
-Les ventileuses éventes pour sortir la vapeur des ruches. Elles maintiennent la température de la ruche. Les ventileuses émettent aussi des ondes pour guider les ouvrières jusqu'à 2-3 km.
-Les indicatrices font la danse des abeilles pour montrer un bon endroit pour récolter le pollen. D'une ruche à l'autre, le code des danses est différent et les abeilles d'une autre ruche ne peuvent le comprendre.
-Les éclaireuses cherchent une habitation pour l'essaim qui quitte une ruche surpeuplée.
-Les cireuses bâtissent les cellules, puis les opercules, une fois le miel mûr.
Pour terminer notre entretien, je préciserai que Rüdi est encore très actif. Trois fois par semaine, il joue aux cartes avec ses amis, fait encore partie du Jodler-Club d'Orbe. Il y a des décennies qu'il aime jodler.
La chambre est couverte de diplômes en tout genre : apiculture, arboriculture et fidélité au jodel. A 77 ans, notre ami Rüdi est en pleine forme. Et, cher lecteur, lorsque vous dégusterez une tartine au miel, imaginez les heures de travail qu'il a fallu à votre apiculteur pour votre plaisir.
|
|
|
|
|
|
|
|
Pour contact
Rudolf Künzi
Apiculteur
1485 Nuvilly |
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
|
 |
|
|
|
|
|