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Barbara Tinguely : |
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une femme déterminée |
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C'est dans un petit hameau, Cutterwyl, oublié entre le lac de Morat, la Broye et la Sarine que par un dimanche glacial de bise, j'ai rencontré une femme déterminée. |
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Par Eric Broye |
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Née en 1970, tu passas ton enfance en enfant agitée. Dès l'école à Belfaux, l'intégration ne fut pas évidente. Dans un contexte politique exacerbé, venir d'un autre village n'était pas facile. Et, de plus est, petite casse-cou, combien de petits bobos tu te fis aux genoux et qu'on te fis à l'âme ! Tu trouvais l'école assez « vache », toi qui n'aimais pas et n'y comprenais rien à l'orthographe. Mais c'est en 5ème, avec un prof que tu dis humaniste, que tu repris confiance en toi et en tes capacités. Avec lui, la notion de solidarité entre élèves existait et dès lors tu fias des progrès. Puis ce fut la grande ville de Fribourg, à l'école secondaire de Jolimont. Tu avais même des nonnes comme prof. Tu me racontes une anecdote au sujet de l'une d'elles : Une de ces profs avait comme on dit : « de l'avance sur le gâteau », c'est-à-dire, les dents du haut un peu en avant. Nous avions mis une photo de la tête d'un chameau sur la porte de la classe. Lorsque le cours fut terminé et que le prochain prof entra, il s'exclama : « Je l'ai reconnue ! » Malgré ces bonnes blagues, c'est à cette époque que tu te sentis devenir adulte. La découverte du dessin technique et artistique, des sciences, de la géométrie, la géographie, les langues, t'apportèrent beaucoup et tu découvris même le plaisir d'écrire. Après vint le moment de choisir un métier. Tu désirais, vu tes racines, devenir horticultrice, pour la créativité et la beauté de cette nature recrée. Hélas, on te jugea trop jeune et trop fluette pour ce métier. Tu décidas alors, en 1985, de partir pour Zurich, comme fille au pair. Tu étais dans une famille type de bourgeois et par une copine, tu découvris la banlieue, les quartiers d'ouvriers et ceux peuplés de paumés et drogués. |
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Ce fut le choc et çà, on n'oublie pas. Dans cette continuité, tu passas par le Tessin, puis à l'autre extrémité, à Bâle. Une ville passionnante, cosmopolite, avec ces traditions si vivantes, tel le Carnaval. Tu y ressentis une tolérance entre gens d'ailleurs si lointains et si proches. Du reste, au cours d'allemand, tu te fis des amitiés avec des Belges, des Américains et même une Indonésienne. Tu eus la sensation qu'au coeur de la Vieille-Ville régnait un esprit qui déteignait sur tous les autres habitants. Tu ressentis aussi un effort d'écologie propre à chacun pour avoir une ville plus belle. Une ville remplie de culture, d'art, de passé, d'Histoire. Et des possibilités de loisirs à l'infini ! Pleine d'une expérience nouvelle, tu rentras au bercail. Tu étais attirée parle goût de l'art, du beau. C'est dans cette optique que tu fis un stage de décoratrice d'intérieur. Suite à cela, tu commenças un apprentissage de sellière à Belfaux. |
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Les cours, tu les fis à Lausanne dans une classe de 12 élèves venus de toute la Romandie. C'est un prof de 60 ans qui te donna le goût des choses bien faites, avec son coeur, avec ses tripes.
Il te donna le goût du cuir. Dans les branches générales, vous pratiquiez avec d'autres professions : doreur-apprêteurs sur tableaux, cordonniers, facteurs de pianos, stoppeuses d'art en tapis d'orient. Rencontre avec des passionnés dans tous ces métiers si précieux et si rares ! Avec un apprentissage réussi avec mention, tu reviens dans la ferme paternelle en 1990. Ton père ayant eu un accident à la colonne vertébrale en 1998 et ton frère ayant quitté la terre entre-temps, tu décidas de travailler à la ferme avec ton père Charly. L'hiver 1990-91 te vit faire des cours d'agriculture à Grange-neuve. Tu avais la facilité en théorie et on t'accueillit bien chez ces collègues masculins, sauf un prof plutôt macho. |
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Les cours était divers : biotechnologie, maçonnerie, menuiserie, soudure, mécanique agricole. Ce n'est pas compliqué, tu avais tout à apprendre : la terre, le bétail, les machines, les sélections de semence... Après une 2ème année réussie avec 5 sur 6 de moyenne, tu voyais enfin tes efforts récompensés : amélioration des cultures, meilleure connaissance des difficultés agricoles. Avec ton père, tu travailles 100 poses entre blé, colza, orge ou pommes de terres. L'écurie des grands-parents ayant bien fait son temps, tu ne gardes plus de vaches, mais à la place, tu as monté une bergerie avec 40 moutons et autant d'agneaux. Lorsque je t'ai vue en leur compagnie, ça m'a frappé, la complicité qui vous liait, cette tendresse perceptible à chaque instant, comme ils te suivent, telle une bergère. |
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D'ailleurs, ne leur donnes-tu pas un nom ?
Longues-oreilles, Titoune, Mamie. A part cela, tu as aussi deux chiens, Filou, un spitz-nain de 3 ans et Leïha, croisé bernois, petite peluche qui grandit à vue d'oeil. Ce sont de véritables compagnons te suivant au parc, dans la basse-cour, s'ingéniant à semer la zizanie parmi les agneaux, les poules et les canards. Tu gardes pourtant le souvenir de ton amitié pour Derbon, berger-allemand, décédé à 13 ans. Comme loisirs, tu pratiques le chant dans le choeur « La chanson du Lac » de Courtepin que tu aimes pour les sorties, l'amitié, le plaisir de chanter ou encore les costumes. Tu te souviens d'une soirée avec les danseurs de Chiètres pour une soirée folklorique. Tu aimes aussi les chevaux, mais tu n'as plus le temps de pratiquer l'équitation.
Ta philosophie de la vie est peut-être ce bon sens de la campagne...
Cette valeur ancestrale de la terre, cette richesse incroyable d'une famille qui t'entoure. Et, en tant que femme engagée, la politique t'intéresse, ne serait-ce que pour défendre la paysannerie des griffes du «GATT», d'une européanisation, voire d'une mondialisation ! Et là, tu entre en matière, clames, tu cries à la sauvegarde de nos exploitations à visage humain. Si tu milites à l'UDC, c'est pour faire passer le message aux jeunes, aux citadins et à tous ceux que la politique immobile a fini par lasser. Et, en tant que femme engagée, tu fus même candidate au Conseil national en 1995 !
Pas pour la gloire, non, mais pour montrer que les jeunes ont aussi quelque chose à dire, à prouver. Et ce sont plus de 1'000 Fribourgeois qui t'ont montré leur confiance.
Pour terminer cet article, je vais laisser la parole à tes sentences :
Que les politiciens cessent de se prendre au sérieux, mais qu'ils nous prennent un peu plus au sérieux.
J'ai une allergie aux fonctionnaires, avec leur système, leur hiérarchie, sans âme pour leur prochain.
J'ai le sentiment que la société rejette encore ce droit à la femme de s'autodéterminer dans toute activité, tant politique que professionnelle, à cause de la maternité. En moi, je suis consciente que mon rôle de femme et de future mère sera toujours plus important que mon métier. J'essayerais tant que ce sera possible d'allier les deux.
Je crois que tout le monde voudrait un changement de société, mais personne, politiquement, ne veut ou ne peut bouger. Le règne de l'immobilisme à travers les règlements, les lois, les décrets, triomphe. En politique, je suis pleine d'idéal, mais je suis consciente que seule, je fais peu bouger les choses. Et enfin, très critique face aux médias : dans ma campagne électorale, j'ai ressenti des journalistes malhonnêtes dans leurs questions ou dans leurs textes relatés dans la presse. On te monte en épingle ou on te démolit selon ta tête ! Il y a les gens avec toi, il y a les gens contre toi, il y a les gens parmi toi, et ce sont souvent les gens parmi toi qui sont contre toi !
Merci Barbara, et à ma prochaine visite, je me recommande pour ton petit coing ! |
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