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Chaque jour est une vie. |
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Par Joël Perrenoud |
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Les Junod sont pêcheurs professionnels de père en fils ; Denis, l'un d'eux, est aussi chasseur. Cet homme a les yeux de Chimène pour dame nature. Ses domaines : l'eau et la terre nourricière. Au bord du lac de Neuchâtel, au sud du nouveau port d'Auvernier, trois maisons de briques sont érigées. Elles abritent les derniers survivants d'une autre époque, d'un autre rythme de vie, d'une autre manière de voir les choses.
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Ce matin, je me lève heureux de mon programme. Le village d'Auvernier est encore dans la nuit; il est 6h30 et j'ai rendez-vous avec beaucoup de souvenirs. La lumière brille déjà dans le petit port privé, devant la tanière du maître de céans. Un coup de sonnette et je vois surgir de la droite de la maison, côté jardin, un solide gaillard aux traits rudes des laborieux, un de ces êtres que la nature investit à chaque seconde.Par tous les temps, il savoure la vie et la rend plus belle avec un coeur gros comme ça. |
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Il a l'air paisible, une poignée de main ferme, le sourire facile des bons vivants. C'est un homme entier avec une verve communicative. Il m'invite à boire un café avant de partir relever les filets. La journée de travail d'un pêcheur commence très tôt le matin. Nous partons dans la nuit, l'aurore est presque là. Le jour pointe à l'horizon dans un décor que la nature façonne tous les jours différemment. Les vagues se dévoilent, l'hélice du puissant moteur propulse le bateau à l'assaut de la mouvance de l'onde, laissant un sillon blanc derrière nous. L'écume produite par ce tourbillon se meurt en large V. La bise n'est pas très forte, mais il ne fait pas chaud du tout. |
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Nous arrivons aux bouées qui signalent la présence des filets. Denis arrête l'embarcation pour pouvoir relever ses outils de travail. Il me dit : « Hier, j'ai pêché 250 kilos de vengerons, alors j'ai baissé mes filets pour prendre plus de palées et de bondelles. »
Les mains de mon interlocuteur saisissent une bouée ; il tire sur la corde qui tient le filet de 10 mètres de haut et 100 de long. Apparemment sans effort, il ramène avec douceur le poisson pris au piège. |
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L'eau est glacée, cela ne semble pas le déranger. A ma question légitime, il répond :
« Tu connais beaucoup de choses faciles que l'on obtient sans souffrir ou transpirer ? »
La vie est dure, la nature est cruelle, sans pitié pour les faibles. Le filet apparaît gorgé de poissons. Lentement, ce professionnel le tire avec une régularité de métronome. Depuis le bateau, je vois surgir des ombres blanches du néant liquide et verdâtre. Le premier filet est exclusivement rempli de vengerons. Dans le deuxième, la technique expliquée plus haut a bien fonctionné : il y a beaucoup de palées et de bondelles. Certains poissons portent des traces de becs, ce sont les cormorans qui se sont servis. Ils sont loin de vouloir se fatiguer pour rien, me dit-il. Pendant la pêche, il m'explique comment préparer le vengeron qui est bon s'il est bien préparé et cuisiné selon sa recette. Pour la préparation propre du poisson, il s'agit d'un secret d'alcôve. Pour la cuisson, l'astuce consiste à tremper les filets dans de la pâte à beignets et de les frire. Pendant le retour, il vide les poissons nobles et distribue la tripaille aux oiseaux qui nous suivent depuis le début, dans un concert de piaillements ébouriffants. Le bateau trace sa route, accompagné de gerbes d'écume sur ses flancs. Ce matin, le lever du soleil n'est pas extraordinaire, l'air piquant. Les couleurs du ciel se mirent dans l'eau. L'odeur des poissons me chatouille le nez. L'arrivée au port me rend un peu nostalgique après cette magnifique matinée.
Denis m'explique que son métier est bien incertain, aléatoire car, chaque jour, ses prises sont différentes. De plus, il faut réparer les dégâts faits aux filets, s'occuper de la maintenance du bateau. |
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Pour contact :
Les Grèves
Auvernier
Tél. 032 731 80 83
Ouvert tous les jours de 10 h à 12 h
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